Aziz Rabbah, Ministre de l’Energie, des Mines et de l’Environnement, a présidé, le 21 avril 2020, une réunion consacrée à l’examen de la situation du marché international et son impact sur l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers.

Ont pris part à cette réunion qui s’est tenue par visioconférence, eu égard aux circonstances actuelles liées à la pandémie du nouveau coronavirus, les Directeurs Généraux des sociétés pétrolières et des responsables du Département de l’Energie et des Mines (DEM).

Rabbah, a tout d’abord, exprimé ses vœux que Dieu puisse préserver notre pays des conséquences de la pandémie du coronavirus et a mis en exergue les initiatives clairvoyantes prises par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI pour juguler la propagation de l’épidémie et limiter ses effets sur les plans sociale et économique.

Rabbah a souhaité tout d’abord la bienvenue aux participants à cette réunion qui intervient dans un contexte marqué par une crise due à une chute drastique des ventes des produits pétroliers liquides en raison de la forte réduction de la mobilité suite à la décision prise le 15 mars 2020 pour la fermeture des frontières du Royaume, et de l’état d’urgence sanitaire décrété, accompagné du confinement depuis le 20 mars 2020 dans l’objectif d’endiguer la propagation du covid-19.

Cette réunion vise notamment d’examiner les mesures prises pour faire face aux retombées de cette état de crise mondiale induite par le Covid-19, d’assurer l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers dans les meilleures conditions, de déterminer les pistes d’amélioration du modèle de régulation du secteur pour permettre de renforcer la rentabilisation des investissements et d’examiner les moyens d’encadrement qui permettront d’assouplir les procédures de stockage, le stockage mutualisé et l’évolution de ce volet très important dans la chaine des produits énergétiques.

Rabbah a souligné que certes le timing de cette réunion a été dicté par la conjoncture actuelle mais une collaboration permanente entre les opérateurs et le Ministère à travers l’institution d’une Commission public-privé s’avère nécessaire pour revoir notre modèle de régulation du secteur qui permettra d’encadrer le secteur et d’anticiper les crises et les opportunités qui se présentent pour le pays et la profession. Cette Commission se penchera notamment sur les questions liées à l’aspect réglementaire, aux activités logistiques et aux stocks de sécurité et d’examiner en urgence les solutions qui se présentent pour faire bénéficier notre pays de la chute des prix du pétrole que connait le marché l’international.

Il a rappelé que le DEM a engagé des actions dans le but d’améliorer la gouvernance du secteur. Il s’agit notamment de l’assouplissement des procédures administratives pour l’octroi des autorisations concernant les projets d’investissement, la préparation du projet de décret pris pour l’application du Dahir portant loi 67-15 modifiant et complétant celui de 1973, le projet de la traçabilité des flux pour le suivi et le contrôle de la qualité des produits pétroliers sur toute la chaîne de valeur.

Lors de cette séance, une présentation a été faite par la Direction des Combustibles sur le marché pétrolier international particulièrement en cette période de crise mondiale. Il a été  signalé que le marché du pétrole s’enfonce depuis plusieurs semaines avec un effondrement inédit du prix du baril de WTI pour livraison en mai qui a basculé pour s’échanger à près de -37.63 dollars à la clôture de lundi 20 avril 2020, sous l’effet de la propagation du covid-19, la diminution de la demande et de l’augmentation des stocks. Les compagnies pétrolières cherchent à renforcer leurs stocks flottants comme solution. 

L’accord de l’OPEP+ sur la réduction de la production pétrolière s’avère sans effet pour redresser les prix du baril de pétrole face à la surabondance existante et la baisse de la demande. Les spécialistes du marché mondial des hydrocarbures estiment que cette chute libre va se poursuivre durant les jours à venir. Le prix du baril de pétrole atteindra son plus bas niveau fin avril, une reprise est attendue à partir de mi-mai et se confirmerait en juin-juillet. Cette situation est une opportunité pour le Maroc pour la constitution des stocks de sécurité en utilisant les capacités de stockage alternatives.

Pour leur part, les sociétés de distribution ont signalé qu’actuellement la plupart des dépôts enregistrent des taux de remplissage d’environ 90% et une baisse importante de leurs ventes. Les projets de construction des capacités de stockage réalisés ou en cours de réalisation ne pourront pas être tous mis en service immédiatement :

  • Création de quatre dépôts de stockage à Jorf Lasfar, Sidi-Bouatmane et Laayoune de capacité globale de 255.000 m3 avec un coût d’investissement de 790 millions DHS ;
  • Création de deux dépôts mixtes à Jorf Lasfar de capacité globale de 128.000 m3 pour les carburants et 20.800 m3 pour les GPL avec un coût d’investissement de 555 millions DHS ;
  • Extension de la capacité de stockage de trois dépôts à Jorf Lasfar, Mohammedia et Laayoune d’une capacité de 83.000 m3 avec un coût d’investissement de 116 millions DHS.

Par ailleurs, les projets programmés et ayant obtenu l’accord de principe sont:

  • Trois dépôts de stockage à Jorf Lasfar, Tan-Tan et Laayoune de capacité globale de 165.000 m3 avec un coût d’investissement de 603 millions DHS ;
  • Deux dépôts mixtes à Jorf Lasfar de capacité globale de 230.000 m3 pour les carburants et 28.000 m3 pour les GPL avec un coût d’investissement de 1 milliard 37 millions DHS ;
  • Extension de la capacité de stockage d’un dépôt à Jorf Lasfar, d’une capacité de 142.000m3 avec un coût d’investissement de 250 millions DHS.

La raffinerie nationale, en arrêt depuis 2015 et toujours en liquidation judiciaire, dispose de capacités de stockage non utilisées et moyennant des entretiens légers et qui peuvent servir de levier pour augmenter le stock de sécurité en produits pétroliers. Leur utilisation ne peut avoir lieu qu’après concertation et dans le respect de la législation et la réglementation en vigueur et tenant compte des principes de la concurrence. 

Quant à l’approvisionnement du marché national après la période du confinement, la surabondance sur le marché international permettra un approvisionnement sans difficulté.

Au terme de cette réunion, M. Rabbah a demandé aux sociétés de désigner leurs  représentants pour faire partie d’une commission restreinte comprenant également les représentants des départements concernés pour approfondir la réflexion sur la question des stocks de sécurité afin qu’ils répondent au niveau réglementaire.