Dans une interview à L’Express, François Hollande souligne la difficulté pour les pays émergents de signer un accord contraignant qui pourrait brider leur développement économique.

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L’obtention à Paris d’un accord universel contre le réchauffement climatique passera par les financements et des transferts de technologies vers les pays en développement, souligne dans une interview à L’Expresse le président français François Hollande, dont le pays accueillera lundi 30 novembre la conférence de l’ONU sur le climat. “Les pays émergents – Inde, Brésil, Chine, Afrique du Sud… – ne veulent pas que la lutte contre le réchauffement climatique bride leurs économies”, relève-t-il, estimant que c’est sur cette question du développement économique “qu’existe le principal risque de blocage”.

“Mais comment leur donner un droit de polluer sous prétexte qu’ils doivent rattraper leur retard? Ces arguments trouvent leur limite. En revanche, nous devons bâtir un système qui puisse leur fournir des financements et un accès aux nouvelles technologies pour réduire l’étape des énergies fossiles”, ajoute-t-il. “Nous devons aussi compter avec les pays les plus vulnérables”, ajoute François Hollande. “Eux estiment qu’on ne peut rien leur demander puisqu’ils sont les premières victimes. Ils exigent des mesures d’urgence et ne veulent pas attendre, car ils redoutent des mécanismes compliqués qui retarderaient les choix. Ils sont prêts à empêcher un accord, s’il est trop timide”.

Pour lui, “la solution est à chercher du côté du financement”. Les pays industrialisés se sont engagés en 2009 à fournir 100 milliards de dollars annuels à compter de 2020 pour financer les politiques climatiques des pays en développement. “Aujourd’hui, nous ne sommes pas très loin d’atteindre cet objectif”, dit le chef de l’Etat. “Les modes de contrôle (des engagements de réduction d’émission de CO2, ndlr) feront partie de l’accord”, assure-t-il aussi, tout en admettant que “peu de gouvernements acceptent que des institutions indépendantes aillent vérifier le respect de leurs obligations”.

“J’ai abordé cette question pour la première fois avec les Chinois lorsque le Premier ministre Li Keqiang est venu en juin à Paris présenter officiellement ici, à l’Elysée, la contribution de son pays à la COP21. J’ai bien senti ses réserves, mais il ne peut s’agir d’une intrusion”, ajoute-t-il.

Enfin concernant les producteurs de pétrole, qui n’ont pas tous présenté de plan national de réduction d’émissions en vue de la COP, François Hollande estime que “plutôt que de les mettre au pilori – je rappelle que nous sommes aussi des acheteurs de leur pétrole -, nous devons les accompagner dans la montée en puissance des énergies propres”. Les représentants de 195 Etats, réunis du 30 novembre au 11 décembre au Bourget, vont tenter de trouver un accord pour limiter le réchauffement mondial, qui croît à un rythme inédit sous l’effet des gaz à effet de serre, pour l’essentiel liés à la combustion d’énergies fossiles. Cent quarante-sept chefs d’Etat et de gouvernement participeront.