Eurostat : « Le Maroc, champion du renouvelable dans un Sud méditerranéen dominé par les hydrocarbures »
Dans sa dernière publication consacrée aux ressources et à la transformation verte des pays du Sud méditerranéen, Eurostat dresse un contraste net entre un Maroc dont la production d’énergie primaire repose désormais à 84,7% sur les énergies renouvelables, et des voisins régionaux – Algérie, Égypte, Israël – restés massivement dépendants du gaz et du pétrole. Le Royaume affiche cependant, comme l’ensemble de ses pairs à l’exception d’Israël, une dépendance croissante aux importations d’énergie et une pression persistante sur ses ressources en eau douce.
L’Institut statistique européen (Eurostat) a publié, avec des données extraites en février 2026, un état des lieux comparatif des ressources naturelles et de la transformation énergétique dans neuf pays du Sud méditerranéen (Maroc, Israël, Tunisie, Algérie, Égypte, Jordanie, Liban, Libye et Palestine) – mis en regard des tendances observées dans l’Union européenne. Ce panorama, qui s’inscrit dans le cadre du programme de coopération statistique «Medstat» et du récent Pacte pour la Méditerranée «One Sea, One Pact, One Future» entériné par l’Union européenne (UE) et ses partenaires du Sud en novembre 2025, permet de situer précisément la trajectoire énergétique et hydrique du Maroc parmi celles de ses voisins.
C’est la donnée la plus frappante du document : en 2024, la production d’énergie primaire du Maroc reposait à 84,7% sur les sources renouvelables, contre 11,7% pour les autres sources. Eurostat y voit la confirmation de la «position de leader» du Royaume dans la transition énergétique verte parmi les pays du Sud méditerranéen couverts par l’étude. Un constat repris dans les points saillants du rapport. Cette structure de production tranche radicalement avec celle de ses voisins. En Algérie, par exemple, la production d’énergie primaire en 2024 reposait presque intégralement sur le gaz naturel (58,3%) et le pétrole brut et produits pétroliers (41,7%). En Israël, le gaz naturel représentait 90,3% de la production totale, les énergies renouvelables ne contribuant qu’à hauteur de 6,3%. En Égypte (données 2023), le gaz naturel pesait pour 59,5% et le pétrole brut pour 32,6%, les renouvelables ne représentant que 4,2%.
La consommation intérieure brute d’énergie par habitant a suivi une tendance haussière au Maroc entre 2014 et 2023 (les données 2024 n’étant pas disponibles), passant de 589 à 643 kilogrammes équivalent pétrole par habitant. Ce niveau demeure toutefois très inférieur à celui observé dans l’Union européenne, où la consommation par habitant s’élevait à 2.888 kilogrammes équivalent pétrole (kgoe) en 2024 après un pic à 3.354 kgoe en 2017, ou même à celui de l’Algérie, qui a oscillé entre 1.448 et 1.594 kgoe/habitant sur la période 2014-2019 – dernière année pour laquelle des données sont disponibles.
Dans la part des énergies renouvelables au sein de la consommation finale brute d’énergie – un indicateur distinct de celui de la production primaire, car il englobe l’ensemble des usages finaux, tous vecteurs confondus – le Maroc affiche une trajectoire globalement stable sur la période 2014-2024, oscillant autour de 10 à 11%. Après un léger repli entre 2015 et 2017, la part est repartie à la hausse pour atteindre 11,8% en 2024, le niveau le plus élevé enregistré sur la période.
Ce résultat place le Maroc, aux côtés d’Israël (dont la part est passée de 3% en 2014 à 8,3% en 2023), parmi les pays de la région affichant une dynamique de progression continue, tandis que l’Algérie reste quasiment absente de ce segment, avec une part comprise entre 0,1% et 0,2% sur toute la période, et que la Tunisie a connu un net recul, retombant à 5,3% en 2024 en raison d’une baisse de la consommation d’énergies renouvelables dans les ménages.
À l’échelle de l’Union européenne, cette même part est passée de 17,4% en 2014 à 25,2% en 2024, portée par la trajectoire des objectifs européens de neutralité climatique – un niveau qui demeure ainsi plus de deux fois supérieur à celui observé au Maroc.




