Transition énergétique : plaidoyer à Genève pour une approche fondée sur les droits humains et l’innovation
Les intervenants à une conférence, organisée le 25 juin à Genève, en marge de la 62e session du Conseil des droits de l’Homme, ont appelé à placer les droits humains au cœur des politiques énergétiques.
Les panélistes de ce Side Event, placé sous le thème « Transition énergétique, gouvernance et droits de l’Homme: vers des approches intégrées du droit au développement en Afrique du Nord », ont aussi insisté sur la nécessité de garantir un accès équitable à une énergie propre et abordable, de renforcer les investissements dans l’innovation et le capital humain, et de promouvoir une gouvernance inclusive afin que la transition énergétique devienne un véritable moteur de développement durable et de justice sociale.
Ils ont aussi passé en revue des exemples concrets issus de différents pays, notamment en Afrique du Nord mais également dans d’autres régions du monde, afin de mettre en perspective les défis et les bonnes pratiques en matière de transition énergétique. Une attention particulière a été accordée à l’expérience du Maroc, régulièrement citée comme une référence régionale en matière de politiques énergétiques et de gouvernance du secteur.
Intervenant à cette occasion, M. Rachid Guerraoui, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), a défendu une vision innovante, en affirmant que « l’intelligence artificielle est en train de devenir un droit humain ».
Selon ce spécialiste de renommée internationale des systèmes distribués et de la gouvernance des systèmes complexes, l’IA constitue désormais un outil essentiel pour le développement durable grâce à son potentiel en matière d’accès au savoir, de prévision des catastrophes naturelles ou encore de recherche médicale.
Rappelant que l’IA est également très consommatrice d’énergie, il a estimé qu’il était indispensable de développer des systèmes énergétiques permettant à tous d’y accéder.
Guerraoui a plaidé pour la démocratisation des modèles open source afin de réduire la dépendance des pays du Sud vis-à-vis des grandes puissances technologiques, tout en appelant à développer une « IA frugale », moins énergivore.
Tout en mettant en avant les investissements du Maroc dans les énergies renouvelables, il a également mis en avant le potentiel de la coopération régionale en matière d’innovation, d’industrialisation et de partage des connaissances.
De son côté, Isabelle Chevalley, docteure en sciences et fondatrice d’Éco-LIT, a estimé que chaque individu « devrait pouvoir bénéficier d’une énergie en suffisance », considérant que l’accès à l’énergie est un droit fondamental.
Elle a souligné que les progrès du solaire et de l’éolien permettent désormais d’envisager une énergie abondante et accessible, notamment en Afrique.
Mme Chevalley a également plaidé pour des investissements massifs dans les réseaux intelligents, les systèmes énergétiques décentralisés et le stockage afin de rendre cette énergie disponible à tous à un coût compétitif.
Pour sa part, la présidente du Conseil international des sociétés nucléaires (INSC), Khadija Bendam, a présenté le Maroc comme un exemple régional de transition énergétique intégrée au service du droit au développement.
Elle a mis en avant les progrès réalisés depuis la Stratégie énergétique nationale de 2009, qui ont permis au Royaume de porter la part des énergies renouvelables à plus de 45 % de sa capacité électrique installée, avec un objectif de 52 % d’ici 2030.
Selon Mme Bendam, ces investissements ont favorisé l’emploi, le développement industriel, l’attractivité économique et l’émergence de nouveaux secteurs, notamment l’hydrogène vert.
Elle a toutefois insisté sur le fait que « la réussite d’une transition énergétique ne dépend pas uniquement des infrastructures ou des investissements. Elle repose avant tout sur les femmes et les hommes qui porteront cette transformation », appelant à investir davantage dans la formation, la recherche, l’innovation et l’inclusion des jeunes et des femmes, tout en défendant un mix énergétique équilibré associant énergies renouvelables et nucléaire.
Organisée conjointement par l’Observatoire international de Genève pour les droits de l’Homme (IOPDHR), l’Alliance Suisse-Maroc et l’ONG PDES, cette rencontre, qui a eu pour cadre le Geneva Press Club, a réuni un public international et diversifié, composé de représentants d’organisations internationales, du monde académique et de la société civile. Au total, 50 participants étaient présents, illustrant l’intérêt croissant pour les questions liées à la transition énergétique, à la gouvernance et aux droits humains dans une perspective de développement durable.



